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Le maître indien du Kung-Fu

Le calme du temple Shaolin de Dengfeng est soudain troublé par les éclats de rire de deux jeunes enfants qui jouent dans la cour. Âgés de moins de dix ans, ils portent déjà les mêmes habits gris que les moines et s’initient, depuis leurs quatre ans à peine, à cet art ancestral. Ils vivent ici, au monastère, entièrement consacrés à l’apprentissage du Kung-Fu. « Ils sont arrivés très jeunes, et depuis, ils s’immergent pleinement dans la pratique », nous confie un maître de Kung-Fu en nous guidant à travers l’immense complexe.

Le temple et le monastère Shaolin de Dengfeng sont considérés comme le berceau du Kung-Fu. À l’écart de la ville, niché au cœur de forêts de pins denses et entouré de montagnes, le site offre une sérénité propice à la pratique du Zen et des arts martiaux. « L’environnement est essentiel : nous suivons le bouddhisme Zen, et la paix intérieure est au cœur de l’enseignement comme de la pratique du Kung-Fu », précise le maître.

Dès l’entrée dans la ville de Shaolin, l’omniprésence du Kung-Fu saute aux yeux. Les rues sont bordées d’académies où des milliers d’enfants s’entraînent avec rigueur et discipline.

Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que le monastère Shaolin entretient des liens profonds avec l’Inde. Il fut fondé en 495 après J.-C., au pied du mont Songshan, par l’empereur Xiaowen de la dynastie Wei du Nord, pour accueillir un moine indien, Buddhabhadra — appelé Bu Tuo en Chine.

Nommé premier abbé, Buddhabhadra œuvrait à la diffusion du bouddhisme lorsque, quelques décennies plus tard, un prince du sud de l’Inde, Bodhidharma, renonça à la vie mondaine pour devenir moine auprès du maître Prajnatara. Avant de mourir, celui-ci lui demanda de poursuivre sa mission en Chine. En 527, Bodhidharma arriva près du temple Shaolin et s’installa dans une grotte pour méditer.

Sa réputation grandit rapidement, attirant l’attention des moines du monastère, qui le sollicitèrent pour en prendre la direction. Mais Bodhidharma choisit d’abord de méditer pendant neuf années dans sa grotte avant d’accepter de devenir abbé.

À la tête du monastère, il introduisit le bouddhisme Chan (Zen) et initia les moines à des techniques martiales, leur permettant de se défendre contre les animaux sauvages de la région.

Aujourd’hui, Bodhidharma est toujours honoré, et le Kung-Fu, né dans les forêts retirées de Shaolin, s’est diffusé bien au-delà de la Chine, jusqu’à devenir un phénomène mondial.

Le Tai Chi, autre grand art martial chinois, est né quant à lui sur les rives du fleuve Jaune, à Jiaozuo, dans la province du Henan. Désormais pratiqué par des millions de personnes à travers le monde, il se déploie souvent dans les parcs urbains, où l’on observe des silhouettes en mouvement lent, bras et jambes en harmonie, canalisant leur énergie dans une quête d’équilibre. Cette discipline favorise la longévité et cultive une profonde paix du corps et de l’esprit.